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PROJET UMANIUM

Le patrimoine culturel immatériel, celui qui se transmet par la parole et le geste, est sans doute celui auquel Pierre Fauteux est le plus sensible. C'est peut-être sa formation d'anthropologue, ou simplement sa vision humaniste, qui poussent son admiration pour l'imagination, l'accomplissement et le savoir-faire humain.

Par une série de photos argentiques, Pierre vous présente le fruit de ses rencontres avec des gens, tous de grande taille, qui savent ô combien de choses et qui contribuent à maintenir vivants les patrimoines.

 
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LE TAILLEUR

Nicolas est Grec et fier. Il est arrivé au Québec il y a trente ans, une paire de ciseaux dans sa valise. Ils s’endormiront ce même jour où Nicolas prendra sa retraite.

Installé à sa machine à coudre bien en vue derrière la vitrine du nettoyeur de quartier, l'homme aux mains sûres fait des retouches pour les clients qui souhaitent raviver leurs vêtements chers.

Je m'étais annoncé la veille et Nicolas m'attendait, mine de rien. J'ai tout de même remarqué qu'il portait pour l'occasion sa belle chemise à la poche brodée de ses initiales NN.

 

L'ÉBÉNISTE

Marlène est Française. Elle est venue au Québec pour y vivre ses rêves. Aventurière? Oui, mais timide aussi. 

Entourée d'hommes, elle travaille dans un atelier qui fabrique les décors de nos pièces de théâtre. Cette jeune femme est appréciée au sein de l'équipe, mais on ne la ménage pas. Elle ne le souhaite pas, d’ailleurs.

Elle est arrivée avec un trousseau vide, sans expérience. C'est Rémi, le chef d'atelier, qui lui fait cadeau de tous ses savoirs, heureux de les transmettre.

Marlène a regagné la France il y a deux ans avec une poignée du savoir-faire québécois dans ses poches. Qu’advient-elle maintenant?

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LE REBOURREUR

J'aurais voulu savoir parler espagnol cette fois-là. Lui ne parlant ni français ni anglais, c'est avec un langage de signes que j'obtiens son accord pour emprunter sur ma pellicule quelques coups de marteau. Nous sommes à Gérone.

D'où prend-il son métier? Il me semble le faire depuis toujours... et ça remonte à il y a bien longtemps. Il travaille seul dans le fond de son atelier éclairé par la rivière Onyar qui scintille tout juste derrière. Il n'aura probablement pas de relève. Seuls resteront les milliers de clous qu'il a minutieusement alignés au dos des fauteuils.

C'était un dimanche et l'homme semblait soucieux de terminer son ouvrage. Je n'ai pas encore quitté le local que j'entends le marteau reprendre la même cadence qui m'avait interpellé. Je me retourne et j’en profite pour faire un autoportrait en compagnie de l'artiste, qui m'a déjà oublié.

 

LES SCULPTEURS

Sur l'île de Bali, au nord d’Ubud, le bois est au cœur de la vie. Les hommes sculptent la tradition locale.

 

Le long des routes sinueuses, chaque maisonnette est un petit atelier. Dans la cour, une montagne de morceaux de bois rappelle à la petite équipe que la vie, c'est le travail. Toujours assis au sol, le sculpteur reprend chaque jour les mêmes gestes. Il est l'expert d'un seul modèle pour assurer l'uniformité de la production. Souvent, le design n'est pas de lui.  

 

Le travail minutieux de tous converge vers la ville, chez un grossiste comme Mirah Bali. Il pose avec fierté, le sculpteur, avec talent.

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LE LUTHIER

L'atelier du luthier Jules Saint-Michel est connu de tous les violonistes de Montréal et son savoir-faire n'a plus de frontières. Depuis plus de quarante ans, on confie à Jules parmi les plus beaux instruments du monde, confiants qu'il les traitera avec amour. Il les aime tant qu'il nous accueille, depuis 1999, dans un économusée au second étage de son univers à cordes.

Jules n'était pas là le jour de ma visite, mais trois luthiers travaillaient avec ses mains à lui. Passionné, Jean est venu de France pour apprendre du maître. Il donnait à un heureux violon une clé neuve et une couche de vernis bien poli. Un métier taillé pour lui, qu'il me disait.

 

L'endroit sentait l'acétone et le travail bien fait.

 

LE PHYSIONOMISTE

Hossein Padar a appris son métier de son père. Il ouvre, en 1974, son atelier en plein cœur de Montréal, rue Sainte-Catherine.

 

L'artiste et homme d'affaires ne travaille plus mais son établissement lui survivra. J'y suis allé pour faire ajuster un complet qui ne m'a jamais fait. Le jeune tailleur syrien qui s'occupe de moi semble avoir cinquante ans de métier tellement il ajuste bien, à coups d'aiguille, ce coton brossé à ma peau.

Je dois revenir dans deux semaines pour l'essayage et je lui annonce que j'apporterai mon Rolleiflex. Minutieux jusqu'aux os, il insistera ce jour-là pour reprendre la taille qui ne répond pas encore aux standards d'Hossein, qui nous espionne.

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